Claude Bernard, sa vie :

Claude Bernard est né en 1813 dans le village de Saint-Julien en Beaujolais. Son père était vigneron. C'est grâce à des prêtres qu'il apprit le latin et les humanités classiques. A 19 ans, il arrive à Lyon et il se place comme préparateur chez un pharmacien. Après des études en pharmacie, il tente une carrière de dramaturge, mais se réoriente vers des études de médecine. Il est diplômé en 1843 mais échoue à l'agrégation l'année suivante.

Il a consacré sa carrière à la physiologie. Il a été professeur au Collège de France, à la Sorbonne et enfin au Muséum national d'histoire naturelle.

Il est élevé au rang de sénateur en 1865, élu à l'Académie française en 1868 et a reçu la Médaille Copley en 1876. Il est membre étranger de la Royal Society depuis 1864.

Dans un mémoire posthume sur la fermentation alcoolique, qui sera à l'origine d'une polémique entre Pasteur et Berthelot, il défend (contre Pasteur) la thèse du "ferment soluble", qui sera consacrée par la théorie des enzymes, mais va jusqu'à soutenir que la levure (vivante) est produite par le "ferment soluble" (non vivant), ce que les historiens des sciences considèrent comme une régression vers la génération spontanée.

Claude Bernard est considéré comme l'un des principaux initiateurs de la démarche expérimentale hypothéticodéductive, formalisée souvent - parfois rigidifiée dans l'enseignement - par "OHERIC" : Observation - Hypothèse - Expérience - Résultat - Interprétation - Conclusion. C'est d'ailleurs une démarche tronquée par rapport à celle présentée dans la Médecine Expérimentale.

Ses découvertes :

Il découvre le rôle de la sécrétion pancréatique dans la digestion des graisses (1848), le rôle du foie dans la sécrétion interne du glucose dans le sang (1848), l'induction du diabète par piqûre au niveau du plancher du 4e ventricule (1849), l'augmentation de la température cutanée après section du nerf sympathique cervical (1851), la libération de sucre par le foie lavé après excision (1855) et l'isolement du glycogène (1857), la spécificité du curare dans la paralysie de jonction neuro-musculaire (1856) et démontre que le monoxyde de carbone bloque la respiration dans les érythrocytes (1857).

Concernant l'induction du diabète par piqûre au travers du crâne du plancher du 4° ventricule, sa découverte était l'aboutissement de recherches liées à son hypothèse quant à une origine nerveuse du diabète. Il s'avéra par la suite que l'hyperglycémie provoquée n'était pas durable, et qu'elle était la conséquence de la libération d'adrénaline liée à la stimulation du système sympathique.

Il a créé à partir de 1850 le concept de milieu intérieur, en faisant de sa constance (homéostasie) la condition de l'affranchissement des organismes évolués par rapport au milieu extérieur.

C'est en 1848 que Claude Bernard découvre que le suc pancréatique possède la capacité d'émulsionner et de saponifier les graisses, permettant ainsi leur digestion et leur absorption. L'agent impliqué, il ne l'appelle pas enzyme, mais " matière organique " ou " ferment émulsif et saponifiant ".

Bernard a utilisé quatre procédés pour prouver in vivo que la " matière organique " du suc pancréatique a la capacité d'émulsionner et de saponifier les graisses des aliments :

1) l'ingestion de matière grasse suivie de l'observation des entrailles de l'animal,
2) la section des conduits pancréatiques,
3) la destruction du pancréas,
4) la formation d'un anus artificiel.

Au mois de décembre 1849, Bernard présente à la Société de Biologie une note intitulée " Destruction du pancréas pendant la vie chez le chien ".

Il y raconte que, le 3 octobre 1849, il a implanté chez un chien une canule permanente pour obtenir du suc pancréatique. L'animal a assez mal supporté cette canule et, dans les jours qui ont suivi l'opération, sont apparus des symptômes de péritonite. Vers le 22 octobre, le chien avait la diarrhée; ses excréments étaient blancs; il mangeait énormément mais maigrissait de plus en plus. D'après la couleur des selles, Bernard s'attendait à ce qu'il y ait un obstacle à l'écoulement de la bile, pourtant le chien n'avait pas les conjonctives ictériques. L'animal mourut le 12 novembre, six semaines après l'opération.

Du protocole d'autopsie, Bernard a tiré les observations suivantes : "Autopsie. Quelques heures après la mort, pas de rigidité, maigreur extrême, pas de trace de graisse nulle part. Le pancréas s'est comme résorbé et est excessivement petit, et ce qui en reste a pris une teinte très noire de même que les ganglions mésentériques. Les matières fécales trouvées dans le gros intestin sont colorées et ne présentent pas de graisse visible à l'extérieur.

En résumé, ce chien équivaut à un chien dépancréatisé. Il est probable que cette altération résorptive du pancréas est due à ce que les matières intestinales extérieures ont pénétré dans les conduits pancréatiques et ont fait altérer le suc et par la suite enflammé le pancréas ..."

Le 10 janvier 1851, trois ans après avoir découvert la fonction lipolytique du suc pancréatique, Bernard entame une série d'expériences de destruction du pancréas chez le chien.

Il réalise la destruction du pancréas sur 18 chiens. Seules quatre interventions ont réussi.

Dans ces expériences, Bernard a essayé des matières grasses de type différent et en des quantités qui, dans les premières, ne sont pas bien précisées. Au début, il parle de " seringues pleines d'un mélange huile-bile en proportion 3 à 1 ", de " mélange suif, beurre, bile et suc pancréatique ", de " 3 petites seringues de suif de mouton" ou d'une seringue et demie d'axonge ". Dans ces expériences, il lie le petit conduit pancréatique et injecte la graisse par le gros. L'injection terminée, Bernard lie également le gros conduit pancréatique pour empêcher l'écoulement du mélange. La glande devient plus volumineuse et dure. Le plus souvent, le lendemain, les chiens étaient morts et, à l'autopsie, Bernard observait les signes d'une très violente péritonite

Les expériences historiques de Claude Bernard en 1855 ont révélé le rôle du foie qui reçoit l'ensemble du sang irriguant la muqueuse intestinale

Schéma :














 

 

 

 

 

 

 

PREMIERES OBSERVATIONS DE CLAUDE BERNARD

" Pour suivre les transformations des matières sucrées alimentaires dans l'organisme, je pris des chiens qui, étant omnivores, se prêtent plus facilement à un régime déterminé. Je les divisai en deux catégories, donnant aux uns et aux autres la même alimentation, sauf une substance: le sucre. Les uns recevaient de la viande cuite seule, les autres de la viande additionnée de sucre. J'ouvris l'un des chiens soumis au régime avec addition de sucre: je trouvai du sucre dans l'intestin, j'en trouvai dans le sang. Ce résultat n'avait rien que de prévu puisque l'animal avait mangé du sucre. Je fis la même épreuve sur un chien soumis au régime exclusif de la viande cuite, je ne fus pas médiocrement étonné de rencontrer chez lui, comme chez le premier, du sucre en abondance dans le sang, quoique je n'en pusse déceler aucune trace dans l'intestin. Je répétai l'expérience de toutes les manières; toujours le résultat se présenta le même : [du glucose] en aval du foie, dans les vaisseaux sus-hépatiques, dans la veine cave inférieure, dans le coeur droit et au delà."

L'EXPERIENCE DU "FOIE LAVE"
Cette célèbre expérience a été réalisée en 1855. Claude BERNARD l'a décrite en ces termes : "J'ai choisi un chien adulte, vigoureux et bien portant, qui, depuis plusieurs jours, était nourri de viande; je le sacrifiai 7 heures après un repas copieux de tripes. Aussitôt, le foie fut enlevé, et cet organe fut soumis à un lavage continu par la veine porte. J'abandonnai dans un vase ce foie à température ambiante et, revenu 24 heures après, je constatai que cet organe que j'avais laissé la veille complètement vide de sucre s'en trouvait pourvu abondamment.

Après avoir réalisé son expérience, Claude Bernard conclut : "cette expérience prouve que dans un foie frais, à l'état physiologique, c'est-à-dire en fonction, il y a deux substances:
- le sucre, très soluble dans l'eau, emporté par le lavage;
- une autre matière assez peu soluble dans l'eau: c'est une substance qui, dans le foie abandonné à lui-même, se changea peu à peu en sucre."

Anecdote et Citations :

 

 

 



 

 

L'Université de Lyon I a choisi de porter son nom.

"Le microbe n'est rien, c'est le terrain qui est tout."

"J'ai connu la douleur du savant qui, faute de moyens matériels, ne peut entreprendre de réaliser des expériences qu'il conçoit et est obligé de renoncer à certaines recherches, ou de laisser sa découverte à l'état d'ébauche."

"La théorie est l'hypothèse vérifiée après qu'elle a été soumise au contrôle du raisonnement et de la critique. Une théorie, pour rester bonne, doit toujours se modifier avec le progrès de la science et demeurer constamment soumise à la vérification et la critique des faits nouveaux qui apparaissent. Si l'on considérait une théorie comme parfaite, et si on cessait de la vérifier par l'expérience scientifique, elle deviendrait une doctrine."

" La vie c'est la mort. L'art est vie, donc mortel."

" La fixité du milieu intérieur est la condition d'une vie libre et indépendante."

"C'est ce que nous pensons déjà connaître qui nous empêche souvent d'apprendre."

"Quand le fait que l'on rencontre ne s'accorde pas avec une théorie régnante, il faut accepter le fait et abandonner la théorie."

"Je ne soigne pas l'homme en général, je soigne l'individu en particulier."

"L'admission d'un fait sans cause, c'est-à-dire indéterminé dans ses conditions d'existence, n'est ni plus ni moins que la négation de la science."

"Le physiologiste n'est pas un homme du monde, c'est un savant, c'est un homme qui est saisi et absorbé par une idée scientifique qu'il poursuit: il n'entend plus les cris des animaux, il ne voit plus le sang qui coule, il ne voit que son idée, et n'aperçoit que des organismes qui lui cachent des phénomènes qu'il veut découvrir."

 

 

 

Mohamed AMARA, Ajithan ARULRAJAH, Thomas GODFREY

Claude Bernard (1813-1878)
Grand physiologiste (rôle du foie, du pancréas, concept de "milieu intérieur",...)

I] Claude Bernard, sa vie :

II] Ses découvertes :

III] Schéma :

IV] PREMIERES OBSERVATIONS DE CLAUDE BERNARD

V] L'EXPERIENCE DU "FOIE LAVE"

VI] Anecdotes et citations :

BERNARD